| Diffamé sur Internet |
Le Matin dimanche, Ian Hamel 12.02.2006 |
| SCANDALE: Le calvaire d’un gestionnaire de fortune mis en cause sur le Web |
| INNOCENT Attaqué injustement
dans un journal ou à la télévision,
il est possible de saisir les
tribunaux. Mais que faire quand
les accusations sont portées sur
Internet? Un Genevois raconte |
| Pierre Hafner, ancien gestionnaire de fortune, prépare un imposant ouvrage sur le G8, comprenant des photos et des textes de personnalités. Il a déjà reçu des articles de Mikhaïl Gorbatchev, ancien président russe et Prix Nobel de la paix; il attend l’éditorial d’Abdoulaye Wade, le président du Sénégal. «La plupart de mes interlocuteurs me faisaient un excellent accueil, puis, sans explication, certains rompaient toute relation avec moi», constate ce Genevois de 62 ans. Il se renseigne et découvre alors que de plus en plus de ces personnalités utilisent Internet, et plus spécialement le moteur de recherche Google. Elles tapent le nom de leur correspondant et lisent les articles qui lui sont consacrés. |
PROCÉDÉ MALHONNÊTE Pierre Hafner a bien été mis en cause en 1995 par l’un de ses clients, mais les articles publiés sur Internet oublient de préciser que la justice genevoise a innocenté le gestionnaire de fortune.
Photo:Christian Bonzon
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| «Que voulez-vous que je fasse contre de tels mensonges? Je n’ai pas les moyens de me payer un avocat» |
| Que découvre-t-il alors? Qu’il n’est pas épargné. «Briefing au Pentagone: l’Arabie saoudite est l’ennemie!» est l’un des textes parlant – en mal – de lui. Un autre, en anglais, s’intitule «The Sordid Sponsors of Perle’s French Expert». Il y en a des dizaines d’autres qui dépeignent Pierre Hafner comme un horrible individu, en utilisant la technique de l’amalgame. Son crime? Il est l’ami de Laurent Murawieck, analyste en géostratégie à l’Hudson Institute, aux Etats-Unis, et auteur de «La guerre d’après», ouvrage consacré à l’Arabie saoudite. Or, sur le Net, ces textes, pour la plupart non signés, rappellent que Laurent Murawieck est lié à Marc Rich, longtemps poursuivi par la justice américaine... |
«Intrigant et calomniateur»
Ce n’est pas tout; Pierre Hafner est aussi
accusé d’être l’ami d’un trafiquant d’armes«qui a vendu à l’Irak pour des milliards de
dollars de munitions». Enfin, l’ancien gestionnaire
de fortune serait responsable de la
disparition à Genève «d’une centaine de
millions de francs». «Que voulez-vous que je
fasse contre de tels mensonges? Je n’ai pas les
moyens de me payer un avocat aux Etats-
Unis pour attaquer ces sites», lâche l’ancien
financier. En fait, le procédé est particulièrement
malhonnête: Pierre Hafner a bien été
mis en cause en 1995 par l’un de ses clients,
mais les articles publiés sur Internet oublient
de préciser que la justice genevoise a innocenté
le gestionnaire de fortune.
Pierre Hafner n’est pas la seule victime
des pirates du Web. Le député socialiste
genevois Alberto Velasco a été la cible en
2001 d’un site Internet qui l’accusait d’être«intrigant et calomniateur». Fort heureusement,
le site était domicilié en Suisse, et la
justice a pu intervenir, d’autant que l’autre
victime de ce site malodorant était le procureur
général Bernard Bertossa.
Plus récemment, le champion de France
de roller skate, Alexis Contin, a été accusé
d’avoir été contrôlé «positif aux championnats
de France sur piste, et la Fédération
française n’a rien fait. Pourquoi?» Cette
fausse information, reprise sur d’autres sites,
proviendrait du père de... deux champions
de roller skate. Il avait utilisé un forum de
discussion pour discréditer le principal concurrent
de ses enfants. |
Comment défendre sa réputation?
Il est toujours possible de saisir la
justice. Mais il ne faut pas se faire
beaucoup d’illusions: si le site est
domicilié à l’étranger, et notamment
de l’autre côté de l’Atlantique,
les frais d’avocat vous coûteront
des fortunes, pour une efficacité
limitée. En effet, l’information
diffamatoire risque de réapparaître
aussitôt sur des dizaines d’autres
sites.
«Il faut générer des informations
positives qui apparaissent en premier
sur les sites de recherches,
repoussant plus loin les informations
nuisibles», explique Stéphane
Koch, président de l’Internet Society,
basée à Genève. Plus facile à
faire quand on est une multinationale
pouvant organiser des conférences
de presse, qu’un particulier.
Il reste toutefois la possibilité d’interpeller
Google pour demander de
retirer les calomnies. Sans trop de
mal, on peut obtenir gain de cause
de la part de Google Suisse. C’est
plus difficile en ce qui concerne
Google Etats-Unis. I. H. |
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